• Camille Sfez

Sentir l'appel d'écrire à nouveau

Ecrire à nouveau, c'est faire jaillir les mots du fond des océans, pour qu’ils réveillent par leur éclat votre propre fragilité. Qu’ils provoquent, par leurs cascades, des brisures et des désirs de consolation.




La gestation et l’écriture de Vulnérable se sont déroulées sur trois ans. Trois années entre la sortie de La Puissance du féminin en février 2018 et l’été 2021 de la remise de mon second manuscrit. Le temps d’une longue traversée : un état de vulnérabilité que je rencontre dans mon couple, une prise de conscience dans le massif de la Sainte-Baume et un travail personnel de libération des mémoires. Cette odyssée personnelle si intime, je l’ai laissée en filigrane du texte. Peut être que si j’osais aujourd’hui je la raconterais, mais je n’ai pas été si courageuse en prenant la plume. Je l’évoque, elle est en toile de fond, comme la matrice dans laquelle ma pensée a germé.


En tout cas, il m’a fallu un bouleversement pour que ce thème en devienne un, que ce mot m’attrape sans me laisser indemne. La vie m’a demandée de me regarder en face avant que j’ai envie d’écrire sur la vulnérabilité. J’étais à terre, déboussolée. Puis comme je le raconte dès les premières pages, c’est en Provence que j’ai une première prise de conscience : accepter d’être touchée a quelque chose de beau. Ce n’était pas un slogan publicitaire, c’était le regard d’une femme face à la cascade de mes larmes qui m’a permis de réaliser cela. Ce mot de vulnérable s’est posé sur mon dos, j’en ai accepté le poids et surtout la route qu’il me demandait de prendre. Car dans ce massif provençal, j’ai aussi compris que l’histoire familiale se répétait et qu’il était temps que j’en démêle quelques fils. C’était la seconde prise de conscience, et nous étions en mars 2019.


Autour de ce thème se sont alors greffés ce qui me mettait en mouvement depuis des mois : la découverte de la spontanéité, la rencontre avec ce travail de libération des mémoires, puis les ateliers autour de la vulnérabilité que j’ai organisés dans une salle de danse parisienne. Des lieux de recherche, pour comprendre l’importance de ce tremblement intérieur qui nous prend et parfois nous ravit.



Ce n’est qu’en janvier 2020 que je décide d’écrire à nouveau, me réjouissant de me retrouver seule au mois de mars pour commencer à travailler - c’était sans compter les évènements planétaires. Il m’a fallu retourner à mon expérience, plonger à nouveau dans toutes les mémoires qui se rappelaient à moi, avant de pouvoir commencer à poser les premiers mots, l’été 2020. J’étais seule dans les montagnes, la chaine du Mont-Blanc m’a soutenue, trois semaines étalées sur quelques mois, sa force et les couleurs roses du soleil couchant sur les cimes. Pourtant, les paysages qui sont dans le livre sont ceux de la Sainte-Baume, en écho aussi à ceux d’une petite île de Méditerranée où j’avais entamé mon travail sur le corps sensible, le corps d’écoute. Vulnérable a le goût de la sauge et du vent dans les bruyères.


Et me voilà enfin, après 18 mois à laisser l'écriture me traverser, au seuil de rendre le précieux manuscrit. J’ai pris du retard, je suis donc déjà en train de faire la promotion et de choisir la couverture alors que les derniers mots ne sont pas encore posés. Cela me donne l’impression que ce livre est déjà le vôtre sans que j’ai pu lui dire au revoir. En même temps, je le chéris jusqu’au bout, il se nourrit aussi de l’accueil que vous vous apprêtez à lui faire.





Ecrire à nouveau, c’est savoir que je vous écris, à vous. Vous les femmes de mes cercles, mes premières lectrices, vous tou.tes qui m’avez envoyé un mail, un message sur instagram pour me remercier du premier livre. Pour me dire qu’il vous avait touché.e. Ce n’est plus comme alors, faire un mémoire, rassembler des données que j’avais rencontrées ou expérimentées dans les cercles, ce n’est plus un travail de compilation de choses, d’outils ou de rencontres qui m’avaient touchée depuis dix ans. Ecrire à nouveau, c’est faire germer de mon expérience sensible une enquête, poétique et intime, sur cette grande vague de vulnérabilité qui m’avait débordée pendant plus d’un an. Trouver mon sujet, les indices, les questions et les preuves, élaborer une pensée personnelle, parler de moi. Faire jaillir les mots du fond des océans, pour qu’ils réveillent par leur éclat votre propre fragilité. Qu’ils provoquent, par leurs cascades, des brisures et des désirs de consolation.


C’est ce que j’appelle de mes voeux. Que ce texte, qui ressemble à une méditation, vous emmène en voyage d’une rive à l’autre, qu’il vous aide à quitter le monde du connu, des masques sociaux et de ce qui tient bon à tout prix, vers ce qui se laisse briser pour que le vent s’engouffre. En réalité, il n’a qu’une seule vocation, de vous aider à vous laisser toucher. C’est bien trop ambitieux, mais je compte sur vous pour m’aider dans ce pari fou.



Merci les éditions Leduc et merci Baptiste Hauteville pour cette photo de moi vulnérable.




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