• Camille Sfez

Le Conseil des Anciennes des 13 Lunes


Susan Seddon Boulet



La première fois que j’ai entendu ce nom, il m’a évoqué une mystérieuse confrérie dont la mission serait de révéler au monde l’existence de ces anciennes. Dans leur tribu on compterait en lunes, ce qui m’indiquait déjà que nous avions quitté le patriarcat et une perception du monde basée sur des cycles lunaires me plaisait. Ces grands-mères seraient des femmes sages, et le fait qu’elles portent une majuscule les rendaient certainement uniques. Elles devaient sans doute avoir chacune des qualités que je pourrais comprendre et peut être reproduire.



Un enseignement de profonde féminité


Venait ensuite l’explication de ce conseil : un enseignement amérindien sur la profonde féminité. Le peu de cette culture que j’avais découvert dans les huttes de sudations m’avait ravie, j’étais curieuse des danses du soleil, de cette révérence face à la Terre Mère et il me rappelait sans doute l’histoire de Petit Indienne que j’aimais lire enfant. J’étais donc prête à découvrir un enseignement de cette culture, transmis par une femme d’ici. Enfin, ma quête de ce qui fait mon identité féminine, mon désir que des secrets me soient révélés sur ma valeur en tant que femme, l’ardeur à connaitre ce que d’autres peuples pouvaient comprendre et honorer à propos de mon genre ont achevé de me convaincre. C’était aussi l’enthousiasme de Cathy Maillard, une journaliste du féminin et amie, qui m’avait convaincue : je participerai au Conseil des Anciennes des 13 Lunes proposé par Carol Anpo Wi en mars 2015. Un cycle d’une année, rythmé par quatre rencontres dans sa yourte et douze cercles parisiens, pour découvrir ces secrets de la profonde féminité.


Le Conseil des Anciennes des 13 Lunes s’est transmis dans les moonlodges de manière orale pendant des générations. Jamie Sams, une Amérindienne sénéca eu l’intuition et le courage de coucher sur papier l’enseignement de ces 13 Gardiennes, dans son livre Les 13 Mères Originelles. Ce geste généreux a permis à des milliers de femmes dans le monde d’avoir accès à ce qui était jusqu'alors précieusement transmis dans des chuchotements, à l’oral, et donc en passant par le corps. Elle est décédée très récemment, et nous sommes nombreuses à avoir pour elle une sincère gratitude. Mon enseignante, Carol Anpo Wi, a elle-même reçu ce Conseil de Sylvie Shining Woman, une femme médecine d’origine française qui vit au Brésil depuis des dizaines d’années. L’année où j’ai rencontré Carol, elle transmettait pour la dernière fois le conseil de cette manière, même si elle continue depuis à accompagner les curieux à l’âme rouge, proches par le coeur de ce peuple d’Amérique.


Jamie Sams



Le Chemin de beauté


Dans cette transmission de femme à femme, nous accueillons à chaque nouvelle lune une Gardienne qui porte des qualités, des attributs et une couleur de l’arc-en-ciel. Pendant un mois lunaire, nous invoquons son soutien, sa guidance pour nous aider à nous situer par rapport à son enseignement. Par exemple, la Première Gardienne nous apprend à voir comment nous protégeons notre espace sacré, celui de l’intime. Elle le fait en étant à nos côtés pendant vingt-huit jours et en répondant à nos questionnements. Cela suppose de faire grandir la foi vis à vis d’elles, de les accueillir dans notre vie, de les comprendre et les chérir. D’apprendre petit à petit à entendre leurs messages, aussi étonnant que cela puisse paraitre. Ainsi, nous allons pendant un an à la rencontre de treize Anciennes, gardiennes de lois universelles. L’universalité de leur message est essentiel, car il n’appartient pas à un folklore lointain mais bien à notre vie quotidienne de femme du XXIème siècle. Cheminer avec elles, c’est à la fois découvrir la richesse de cette tradition et rentrer à la maison. Ces lois jalonnent le Chemin de Beauté, un code de conduite ajusté avec les autres humains et tous les règnes. C’est une des choses qui m’a le plus ému, l’espace de compréhension qu’il a ouvert en moi vis à vis du règne animal, végétal et minéral. Considérer le vivant avec des « égards ajustés », comme le dit Baptiste Morisot, a été un bel apprentissage.


Il ne faudrait pas s’attendre à découvrir un système cohérent et logique des qualités ou de comportements à adopter pour être sur ce Chemin de Beauté. Ces Gardiennes font des clins d’oeil, ou des croches-pieds, à nos désirs de logique, elles se partagent certaines qualités, apportent des points de vue qui peuvent sembler contradictoires car l’essentiel n’est pas ce que nous en comprenons mais bien ce que nous devenons à leur contact. Ce n’est pas un enseignement théorique ou intellectuel mais une invitation à se laisser transformer par elles, à mesure que nous les accueillons. Et comme tout processus de changement, il s’expérimente dans la durée, lors de treize cycles lunaires. Je ne recommande pas de commencer un cycle pour acquérir un savoir, vous l’aurez compris, mais pour oser faire de sa vie ordinaire une offrande pour ces Anciennes, les laisser prendre les commandes et nous guider au mieux. S’effacer pour leur laisser de la place. Les changements dans votre vie seront ainsi les témoins que vos appels auront été entendus et que ce chemin de beauté vous aura conduit plus proche de vous-mêmes.



Faire l'expérience de la sororité


Faire l’expérience d’un cercle engagé sur un an est également une aventure en soi. Chaque mois, vous retrouverez douze autres femmes que vous n’aurez pas choisi, dans l’intention de leur faire confiance, de partager votre vulnérabilité et d’apprendre autant de leur chemin que du vôtre. Cet engagement fait beaucoup dans les transformations que nous traversons, car le miroir que l’autre me tend n’est pas toujours agréable. Nous n’avons pas nécessairement envie de retrouver ces femmes, certaines nous agacent, d’autres nous réveillent notre insécurité car toujours cheminer avec des soeurs nous demande de regarder où nous en sommes par rapport à cette fameuse sororité. C’est peut-être de cela que j’ai le plus appris. Comme il n’est pas possible de quitter le groupe en cours de cycle, comme ces femmes nous attendent à chaque rencontre, nous travaillons la manière dont nous prenons notre place dans un groupe et cela est passionnant. Nous apprenons bien sûr à nous connaitre et nous faire confiance, à découvrir les résonances qui nous lient en profondeur et à aimer nos différences.


Je ne dirai rien du contenu de ces lois universelles. Ceux qui le veulent peuvent lire le livre de Jamie Sams, mais ma recommandation est de garder la surprise et de découvrir à chaque nouvelle lune une nouvelle facette de cet enseignement. Ne lire le livre qu’après avoir expérimenté dans son corps, assise en cercle, permet de nous ouvrir à une compréhension plus vaste. Je dirai cependant que ces Gardiennes s’organisent autour de la Roue de Médecine amérindienne que vous connaissez peut être. Quatre porte, est, sud, ouest et nord, avec à chacune son lot d’apprentissages.


Enfin, pour ancrer dans la matière les enseignements, nous réalisons chacune un bouclier de médecine. C’est un objet qui nous permet d’inscrire chaque mois les symboles des sagesses reçues. Chaque femme réalise son propre bouclier entre deux rencontres, et le présente tous les mois au cercle pour rendre compte de son cheminement. Toutes les informations nécessaires à la réalisation du bouclier sont données lors de la première rencontre. A la fin du cycle, nous organisons une cérémonie en l’honneur de ces boucliers, pour clore le travail. Il n’est bien sûr pas nécessaire d’avoir de talent particulier pour réaliser cet objet de pouvoir, je dirai même qu’à l’inverse, s’y atteler réveille notre créativité.





Prochain cycle en mars 2021 à Bordeaux


Pour la sixième année, je vais entamer ce chemin à la nouvelle lune de mars 2021. Je choisis de commencer au moment de l’équinoxe, quand l’énergie du printemps s’installe dans l’air. Certaines commencent au creux de l’hiver, quand la lumière surgit à nouveau des ténèbres, autour du solstice. Les deux semblent fonctionner, je me contente de reproduire de manière cyclique ce que j’ai déjà vécu ces dernières années.


Concrètement, les rencontres auront lieu un dimanche par mois dans le centre de Bordeaux. Je demande un engagement à l’année et donc un règlement de tous les cercles jusqu’en mars 2022. La vie nous a appris à faire avec l’incertitude et à nous adapter, ce que nous aurons peut-être à faire encore cette année. J’ai aussi expérimenté les résistances à l’oeuvre pour tenir cet engagement, nous aurons donc à les identifier, car les Gardiennes aident toujours celles qui le souhaitent à se réunir. La rencontre d'août sera en distanciel, mais toutes les autres sont prévues en présentiel.



Les cercles auront lieu le dimanche de 18h à 21h au centre Holom. Le cycle est ouvert pour douze femmes, et chaque rencontre coute 30€. Je demande un engagement sur l'année, c'est à dire être présente et régler chacune des treize rencontres.


Les dates :

14 mars, 11 avril, 9 mai, 13 juin, 11 juillet, 8 août (zoom), 5 septembre,

10 octobre, 7 novembre, 12 décembre 2021 et 2 janvier, 6 février et 6 mars 2022.


Je suis très heureuse de proposer ce cycle, proche de la forme que j’ai découverte en 2015, dans la nouvelle ville où je vis. Pour moi, je suis certaine qu’il viendra ancrer ici un beau tissage de femmes comme j’ai pu l’expérimenter ailleurs. Pour les femmes qui seront présentes, j’ai confiance que chacune viendra transmuter ce qu’elle peut, et aider par sa présence les autres sur leur chemin. Merci à Carol et mes premières soeurs d’avoir cheminé avec moi, merci à toutes celles qui ensuite m’ont fait confiance pour les guider, merci aux prochaines qui feront partie de ce cycle 2021. Et merci aux Gardiennes d’accompagner si joliment nos pas.



Mitakuye Oyasin, nous sommes tou.te.s relié.e.s





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